Commune de Saint-Hilaire

Village de St Hilaire
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Contes & légendes

Il existe autour de Saint-Hilaire de nombreuses légendes. En voici quelques unes...

Le combat du Lauquet et la Légende de Saint Hilaire

L’origine de la protection de l’Abbaye de Saint Hilaire par les Comtes de Carcassonne vient probablement de l’histoire du Combat du Lauquet qui eut lieu à la fin du 10e siècle. Cette bataille opposant Roger 1er, comte de Carcassonne, et Oliba Cabreta, comte de Cerdagne venu envahir la région, donna naissance à une légende.

En effet, on raconte que les troupes de Roger 1er, inférieures en nombre et peut-être moins assoiffées de bataille, étaient sur le point de perdre le combat et de s’enfuir ou d’être massacrées. Alors, le Comte de Carcassonne ne sachant plus à qui s’adresser, se tourna vers Dieu : il se mit à genoux et commença à prier. Il invoqua même Saint Hilaire et lui demanda de l’aider à protéger le village des envahisseurs. Et c’est alors que le miracle se produisit : Saint Hilaire, vêtu d’une robe éclatante, apparut à la tête d’une armée qui repoussa et extermina les troupes d’Oliba.

Pour remercier Saint Hilaire de son intervention miraculeuse, Roger 1er s’engagea à vêtir les moines chaque année, à faire régulièrement des dons à l’abbaye et avec sa femme Adélaïde, il s’engagea à respecter les principes de la Règle Bénédictine. De plus, le couple carcassonnais choisit le monastère comme lieu de sépulture.

La Légende la Nuit de Noël dans la forêt de Crausse

Le Domaine de Crausse était un ancien prieuré appartenant aux moines de Saint-Hilaire. Il leur fut donné en 981 par le comte Roger de Carcassonne. Les bénédictins le conservèrent jusqu’à leur départ de l’abbaye en 1748.

Maintenant, on ne trouve plus, là-haut, autour des ruines, que landes et broussailles, puis la forêt de toutes parts. À l’époque, les moines de Saint-Hilaire y séjournaient. Là, à Crausse, passe un chemin de traverse qui conduit de Clermont-sur-Lauquet vers le col de Buc.

Or, voici qu’il y a quelques années, un habitant de la région s’était attardé. C’était un soir de Noël. La nuit était froide, mais assez calme. La neige craquait sous les pas. Les rayons de lune permettaient d’avancer dans le sentier, sans lanterne. Il est vrai que ce voyageur connaissait les lieux. Un gourdin à la main, il avançait, jetant de temps en temps un regard, de ci, de là, dans le cas où un loup oserait se montrer. Mais dans nos régions l’hiver n’est jamais bien rude. Donc, pas de loup affamé.

Notre homme, encapuchonné, marchait d’un pas résolu, mais non pressé. Cette nuit de Noël était bonne ; à peine un vent frisquet. « Bah, je m’arrêterai à Crausse pour souffler un peu, et rouler une cigarette à l’abri d’un bâtiment, puis je reprendrai ma route », se disait-il. L’homme n’avait pas de montre. Mais pour l’habitant des campagnes, c’est tout comme. Le sens du temps est inné. Et, selon ses propres dires, il devait être minuit quand les murailles de Crausse se profilèrent au clair de lune.

Tout d’un coup, l’homme s’arrêta : Il secoua la tête, ôta son capuchon, tendit l’oreille.

« Mais je ne suis pas fou. Il me semble bien… ». Dans la nuit des cloches résonnaient. Non ce n’étaient pas celles de Villebazy, ni celles de Saint-Hilaire, ni celles de Clermont, ni celles de Greffeil, ni celles de Belcastel-et-Buc. Là, les cloches résonnaient tout près. Elles chantaient Noël ; joyeusement, elles carillonnaient. Et le passant écoutait, écoutait… Bientôt un chant s’éleva, enfla, se rapprocha. Et l’homme, qui n’osait plus bouger, assista en cette nuit de Noël à un spectacle tout à fait extraordinaire.

Tandis que les cloches sonnaient et que les chants se rapprochaient, une procession de moines avançait dans la nuit. Elle suivit les ruines, les parcourut, les contourna. Et cela dura longtemps.

La procession se poursuivit ainsi à travers les vieilles ruines de Crausse. Depuis, aux veillées, du côté de Clermont-sur-Lauquet, de la Caunette et même à Missègre on raconte que, la nuit de Noël, les moines réapparaissent et font, en chantant, la procession dans les ruines de Crausse.

Cette aventure n’est pas si vieille que ça. On connaît même le nom de celui qui fut témoin de cette apparition de Noël à Crausse. On prétend aussi que ce chant des moines a été entendu par d’autres personnes, notamment par des charbonniers. Cela remonte aux environs de 1914. Ces derniers avaient installé leur baraquement non loin des bâtiments de l’ancien prieuré.

Comme chaque nuit, le soir de Noël ils sortirent aux environs de minuit pour aller donner quelques pelletées à leur meule de charbon dans la clairière. Lorsqu’ils furent dehors, ils entendirent le chant des moines et aperçurent les silhouettes de la procession qui se profilaient dans la nuit. Pris de frayeur, les charbonniers abandonnèrent leur baraquement, déménagèrent et allèrent s’établir ailleurs.

Extrait des Récits et Contes populaires du Languedoc, recueillis par Jean Guilaine.